La fin de la guerre avait vu naître des rêves de liberté en tout genre. Et sur les bords de cette grosse rivière de banlieue, on construisait des bateaux en bois… Les jardins se garnissaient de chantiers de fortune, destinés pour beaucoup à être envahis par les herbes.

Et quand un bateau par miracle allait jusqu’à la mise à l’eau, comme le « Quatre vents » de Marcel Bardiaux (qui fit vraiment le tour du monde !) c’était le baptême au mousseux, car tout l’argent avait été dépensé ! Les berges, où François a installé ses cabanes, étaient des endroits sauvages qui faisaient penser à d’autres latitudes. On pouvait se croire avec Tom Sawyer… avant d’apercevoir le pont de Nogent au prochain coude de la rivière…

A l’époque, il y avait encore de vraies guinguettes où l’on jouait de la guitare jazz. Le samedi soir, les cinémas faisaient le plein. C’était le cinéma de Duvivier ou de Prévert, la poésie en noir et blanc, et les documentaires en couleur, avec conférenciers qui relataient leurs vrais voyages…
Ce décor n’est guère propice aux tragédies, quoiqu’il y en eût sans doute, mais les gens de la rivière étaient plutôt des rêveurs. Et lorsque la prudence leur conseillait de renoncer à l’Annapurna ou à la traversée de l’Atlantique, ils n’en faisaient pas un drame. C’étaient des modestes…